Les premiers Vifois

Des vestiges d’une occupation humaine, datant du néolithique, il y a plus de 6000 ans, ont été mis au jour à Lachar, à proximité de l’actuel rond-point de l’autoroute, à Varces.
Les premiers vifois attestés, faute de témoignages archéologiques plus anciens, se sont installés sur le rocher de Saint Loup, à la fin de la préhistoire, 2300 ans avant notre ère. Il s’agit de petites peuplades venues du sud, agriculteurs-chasseurs cultivant le blé et élevant le bétail (chèvres, porcs…) et maîtrisant parfaitement l’art de la poterie.

Ces premiers habitants de Vif ont peu à peu été imprégnés des influences celtes ou gauloises, de provenances diverses et multiples. Un oppidum gaulois est possible sur le « Petit Brion ».

Vraisemblablement situé sur le passage d’une voie romaine entre Cularo (Grenoble) et Forum Iulii (Fréjus) par le col de la Croix Haute, Sisteron et Riez, Vif aurait sans doute ainsi gagné son nom de « Vicus », nom qui durant la période romaine qualifie une agglomération secondaire (bourgade). Une inscription dite de Placidianus enchâssée dans le clocher de l’église et les ruines de fortifications romaines sur le rocher de Saint Loup témoignent de cette occupation romaine indiscutable.

Ce « vicus » dépendait très vraisemblablement du puissant peuple Voconce dont le vaste territoire du sud-est de la Gaule commençait ici, face aux non moins puissants Allobroges des Alpes du Nord. Des fouilles récentes lors de la construction de l’autoroute A51, ont révélé l’existence d’un possible poste frontière à Lachar, sur la commune de Varces, entre ces deux grands peuples gaulois.

De la période du « haut Moyen Age », on retiendra pour l’essentiel la fondation de l’église primitive Saint Jean de Vif à la fin de l’époque Burgonde (début du VIe siècle) sur le site de l’église actuelle.

Le temps des seigneurs

L’an mil, puis le Moyen Age ont vu l’édification de nombreux édifices religieux (dont l’église Sainte Marie du Genevrey vers l’an 1100), de maisons fortes et de châteaux féodaux. On citera en particulier le château des Dauphins, aujourd’hui disparu et à l’endroit duquel a probablement été construit au début du 17e siècle le château des Chaléon, ainsi que le puissant château d’Uriol dont il ne reste que des mentions et des descriptions assez précises… et quelques ruines. La terre de Vif relevait alors du pouvoir delphinal, puis, après la vente du Dauphiné par Humbert 1er au roi de France en 1349, du pouvoir royal. Mais c’était sans compter sur les revendications seigneuriales de la famille de Béranger, dont treize générations resteront, de fait, co-seigneurs de Vif jusqu’à la Révolution.

De cette période, il faut encore retenir la fondation du prieuré de Vif par les Bénédictins en 1035. Il fut doté de nombreux droits et biens dont les églises alentours, de Varces jusqu’à Lanchâtre. Le prieuré fut définitivement supprimé en 1790 et vendu comme bien national.

Des guerres de religions à la Révolution

Vif a continué à traverser le temps au gré des affres de l’histoire : guerres, notamment des guerres de religions, épidémies de peste, et colères de la nature, dont les violents débordements de la Gresse.

Du fait de sa situation géographique par rapport aux axes de circulation entre Mens ou La Mure, fiefs protestants, et Grenoble où sont cantonnées les troupes du roi, Vif a payé un lourd tribu aux guerres de religion. Le bourg, qui revêt alors une importance stratégique capitale pour les catholiques, est souvent envahi, pillé et saccagé par les troupes protestantes, dont celles de Lesdiguières. En juin 1573, notamment, les Huguenots mettent le feu au prieuré et au château et massacrent toute la garnison.
Au début du XVIIIe siècle, le village ne compte guère plus d’un millier d’habitants, en majorité des ruraux et des agriculteurs propriétaires de petites parcelles, ou encore de simples manœuvriers qui louent leurs bras à de riches propriétaires. La culture dominante est la vigne. L’un des grands soucis du moment est l’édification de digues pour emprisonner la Gresse dans son nouveau lit après la grande crue de 1646 (elle coulait auparavant au pied du Petit Brion et se jetait dans le Drac à La Santon) et la construction d’un pont (« pont de pierre » actuel).

Quelques grandes familles d’aristocrates ou de bourgeois ont joué un rôle important dans la vie de la commune à cette époque : le baron Laurent-César de Chaléon-Chambrier, parlementaire respecté, partisan de réformes modérées lors de la Révolution, Justine de la Gache, qui fit construire la première digue de la Gresse (pour protéger sa propriété), les Pélissière, ou encore parmi la classe bourgeoise, la famille des Berriat, et notamment Pierre Berriat.

Sa fille Zoé épousera en 1807 Jacques Joseph Champollion-Figeac, le frère aîné de l’égyptologue. Pierre Berriat offrira en cadeau de noce à sa fille une propriété située dans la Grand’rue, qui deviendra la maison Champollion, futur musée Champollion. Un autre Berriat jouera un rôle important à Vif, Sébastien Berriat, qui installa sur l’ancien domaine des Ursulines (aujourd’hui la mairie) une filature de soie renommée et prospère. Il fut également un maire actif de la commune.

 

Vif devient un canton

Vif resta plutôt sage lors de la Révolution.. La commune fut représentée par trois délégués lors de l’assemblée de Vizille du 21 juillet 1788 qui préluda, dit-on, à la Révolution. En janvier 1789, le baron de Chaléon fut désigné comme représentant de la noblesse aux Etats Généraux de Versailles.
Sous les réformes de la Révolution, Vif devint un canton, comprenant, Vif, Le Gua, La Cluze et Pâquier. La première municipalité vifoise fut élue le 15 février 1790. C’est Jean Baptiste Bois qui sera le premier maire élu de la commune.
Pendant que le pays connaît insécurité et guerre, la vie économique du village connaît un certain dynamisme. Chapeliers, tanneurs au Genevrey, potiers, tuiliers…, filature de soie, puis la ganterie présentent un grand essor alors que la misère et la disette sévissent dans les couches populaires.

L’essor du XIXe siècle

C’est durant cette période que Vif connaîtra la ruée vers « l’or gris » et le développement des cimenteries (Berthelot, Vicat…). Durant tout ce XIXe siécle, de grands chantiers sont mis en œuvre : route de Grenoble à Vif, et, au-delà, « la petite route de Provence » future RN 75, construction de la ligne ferroviaire Grenoble-Veynes (1876) dont l’emblématique viaduc du Crozet et la gare de Vif, nouveau pont en pierre avec ses trois arches sur la Gresse (1830), ouverture d’un chemin n°8 de Vif à St Georges de Commiers, édification d’un pont sur le Drac à la Rivoire en remplacement d’un bac à traille qui s’avérait dangereux, percement de ce que nous appelons aujourd’hui « l’avenue de Rivalta (1850) sur les ruines de l’antique prieuré.

Les écoles publiques se structurent et se développent. Auparavant (1838) installées dans la maison du Prieuré avec la mairie, elles sont transférées dans des bâtiments neufs qui prolongeront le vieux bâtiment du couvent des Ursulines, ex-site de la filature Berriat rachetée par la municipalité en 1873.

On placera la mairie au centre de ces bâtiments qui composent un ensemble, dans le style de la 3ème République, sur une vaste place qui prendra le nom de Place de l’Hôtel de ville, future place de la Libération. Deux nouvelles écoles sont construites, l’une au Genevrey en 1880, et l’autre à Reymure. A l’honneur des municipalités de l’époque, ajoutons encore l’adduction d’eau du village et la sécurité des Vifois avec l’installation d’une brigade de gendarmerie à Vif en 1851, et d’une compagnie de sapeurs-pompiers.

Une petite ville à la campagne

Le début du XXe siècle est marqué par l’arrivée du tramway et….la première guerre mondiale. Le premier Vifois tué au combat fut Edouard Martin. Un monument aux morts très sobre est édifié sur la place de la Mairie en 1920. L’Entre-deux-guerres fut une période d’intense activité économique. Mais Vif demeure un bourg agricole. On laboure toujours avec le cheval ou les bœufs. La culture de la vigne reste dominante.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux vifois vont prendre toute leur part dans la résistance à l’envahisseur et dans la libération de notre pays.

Les années cinquante marquent un tournant radical dans la vie quotidienne des Vifois. Dès 1945, les municipalités s’attachent à renforcer et à étendre les réseaux d’eau et d’électricité. L’agriculture mute totalement. Les soieries et les cimenteries deviennent un lointain souvenir. Les fils d’agriculteurs s’embauchent désormais dans les usines chimiques de Pont de Claix, Jarrie et Champ sur Drac. Une zone d’activité est créée à l’est du village. En 1963, la municipalité fait abattre, au cœur du bourg, l’antique château des Hayes du nom de sa dernière propriétaire.

Au cours des 40 dernières années, le village de 2500 habitants va passer progressivement à plus de 8000 habitants. Gardant cependant tout le charme de la campagne, cette petite ville, à 15 km de Grenoble, attire une population souvent jeune désireuse d’un cadre de vie agréable.

Le maintien de ce cadre de vie, la préservation et la valorisation de ce passé, tout en offrant à la population des services modernes et un développement raisonné, sont tout l’enjeu de l’avenir de la commune. En termes d’économies d’énergie et de protection de l’environnement nocturne, la commune a mis en place (le 12 mars 2012) le plus long tronçon routier de France (à ce jour, 1,5 km voie piétonne et cyclable) doté d’un éclairage asservi à une détection de présence ; 72 lampadaires à LED équipés de détecteurs et de variateurs de lumière constitue un test d’éclairage public « intelligent », qui devrait conduire à une économie de 21 000 kWh/an, et de presque 2 tonnes de CO2 .

Quelques dates

  •  Vers l’an 1000 : présence attestée de l’église Saint-Jean-Baptiste de Vif Centre.
  • 1035 : fondation du prieuré par les bénédictins de Grenoble
  • Début du XIIe siècle : 1re mention révélant l’existence de l’église Sainte-Marie du Genevrey de Vif.
  • Fin du XVe siècle, premier quart du XVIème siècle : peinture de la Vierge au manteau de l’église Sainte-Marie du Genevrey de Vif.
  • 1573 : Eglise Saint Jean-Baptiste incendiée par les Protestants et abandonnée jusqu’en 1630.
  • 1662 : les Ursulines fondent un nouveau couvent à Vif (à l’emplacement de l’actuelle perception).
  • 1686 : Nouveau clocher érigé pour l’église Saint Jean-Baptiste.
  • 1710 : construction du premier pont en bois sur la Gresse(en amont du pont actuel).
  • 1778 : Pierre Berriat achète la propriété familiale Bonnot-Latour (actuelle Maison Champollion1780 : ouverture du nouveau cimetière de Vif qui remplace celui qui entourait l’église.
  • 1792 : Pierre Berriat achète la propriété des Ursulines pour y installer une filature de soie.
  • 1807 : Zoé Berriat, fille de Pierre Berriat, épouse Jacques-Joseph Champollion (dit Champollion-Figeac), auquel elle apporte en dot la propriété familiale. Jean-François Champollion, égyptologue et frère de Jacques-Joseph, fait de nombreux séjours à Vif.
  • 1825-1828 : construction de la route dite de  » Provence  » (actuelle1075) section Varces-Vif.
  • 1832 : Construction de l’actuel pont en pierre sur la Gresse.
  • 1851 : création de la première brigade de gendarmerie 1853 : Joseph Vicat construit au Genevrey son usine de ciment.
  • 1870-1873 : installation des écoles de Vif dans l’actuelle mairie-perception.
  • 1876 : inauguration du chemin de fer Grenoble-Vif et de la gare de Vif.
  • 1879-1880 : construction de l’école du Genevrey.
  • 1886 : ouverture du cimetière au Genevrey.
  • 1890-1891 : installation d’une première école maternelle et construction de l’école de Reymure.
  • 1895 : première électrification de Vif par M. Jules Bois.
  • 1907 : fondation du cours complémentaire de Vif (ancêtre du collège).
  • 1907 : le 30 mars, ouverture au public de la ligne du tramway Varces-Vif.
  • 1920 : édification du monument aux morts au centre de la Place Libération (anciennement Place de la Mairie).
  • 1923 : le 14 juin, prolongement du tramway aux Saillants.
  • Novembre 1942 : Arrivée des occupants italiens dans la région de Vif.
  • Septembre 1943 : Arrivée des occupants allemands, qui remplacent les italiens.
  • 1er janvier 1944 : Incendie de la mairie (bâtiment communal) qui mena à la perte des archives anciennes et modernes (celles jusqu’en 1880 environ) restituées en 1937 par les Archives Départementales de l’Isère à la demande de la commune.13
  • 25 mai 1944 : Acte de sabotage par explosifs de la Résistante consistant au deraillage du train de marchandise n° 9.086 au point kilométrique n° 153.350, sur la ligne VEYNES-GRENOBLE, à 50 mètres de l’entrée Sud du viaduc du Crozet, aux alentours d’11h10.
  • 3 juin 1944 : assassinat de M. Eliezer Miller (39 ans), M. Abram Sobelmann (37 ans) et de M. Maurice Mirey (44 ans), trois Juifs vifois, dans la rue du Portail Rouge, près de l’intersection de la rue Champollion par la Gestapo.
  • 20 juillet 1944 : capture des onze otages par l’armée allemande (la Wehrmacht) sur la place Carnot, actuelle Place des onze Otages, en représailles à une agression armée de la Résistance contre l’Occupant. Les Onze Otages emmenés au Col du Fau sont fusillés. Parmi eux M. ABONNEL Marcel, M. GRILL René, M. ARNAUDON Alphonse, M. ALESSI Jacques, M. BRACHET Jean, M. BANCEL Frédéric, M. PAUCHER Lucien, M. GILLIER Georges, M. DURBERT Jean, M. KRISTENKO Philippe et M. BAUDOIN Georges.
  • 21 août 1944 : libération de Vif par les troupes américaines du 143rd Infantry Regiment, 36th Infantry Division.